Les stratégies passives

Les batiments #1 Le naturoptère en poème

17/10/2016


 Le Naturoptère
Bâtiment d’accueil du public dédié à Jean Fabre
 
grand entomologiste 

grand vulgarisateur
A coté de sa maison,
À coté de son jardin botanique


 L’été,
Le soleil ardant du sud Vaucluse
Découpe des ombres dures
Il peut faire très chaud
Alors, au Sud

Le grand toit se développe
Couvert de végétation jusqu’à son bord mince et ondoyant






De grands débords pour les rives hautes
 de moindres débords pour les rives basses
Rencontre de la géométrie du dedans

Avec celle du mouvement solaire



La peau végétale du toit
Rejoint presque
Les plantes de façade
Les répartiteurs d’eau pluviale
Assurent l’humidité sous le forget

Les oiseaux nichent...
Les insectes passent
S’installe la fraicheur produite par le vivant
Le sol jardiné remonte contre les allèges
Offrant sous les baies Sud
Un pied de façade plus frais
Un pied de façade 
pour de minuscules habitants






Dedans,
Nous plaçons le lourd :
Notre éponge à calories
Un mur de béton de chanvre
Assurant par ailleurs la tranquillité acoustique,
La douceur de l’aspect...
Il contraste avec cette échine puissante...







Aux allures de pont
Portant une promenade sur le toit, protégée d’une pergola
Elle permet de rejoindre le village
L’inertie thermique masse de béton brute est donc au centre
Accompagnée d’un sol béton isolé en sous-face





Puis l’eau, puis l’humide
Ici pour se laver les mains
Avec la terre du sol qui affleure
Bordée de rochers bruts
Juste à l’angle
 sort l’eau d’une source
Discrètement,
Elle bruite dans le hall et assure la vie de plantes d’eau :

Autre fraicheur







Au Nord,
La façade s’abaisse
Equipée d’ouvrants à ficelles
Protégés de ventelles fixes
Elle s’incline aussi, 
Allongeant son ombre de midi
Elle s’enfonce dans le terrain
Pour garder un peu plus la fraicheur.
Elle offre une vue :
Le nez dans les herbes folles

Au sud: c’est l’inverse
Une vue haute traverse les bois au dessus des larges baies
Les débords qui limitent l’ardeur du soleil...
... disent en même temps notre espace orienté













Partout:
 des ouvrants à ventelles, et des fixes vitrés
La possibilité d’un courant d’air nocturne......quand le bâtiment est inoccupé
Les courants d’air traversants mis à disposition.
A la bonne heure !
A la bonne heure de l’ombre

Une ambiance de cave ou presque
Une lumière de sous-bois
La lumière amortie renforce la sensation de fraicheur
C’est pour le côté Nord

Le sud lui, est inondé d’un flux lumineux
Que colorent les jeux de la charpente









Les blocs de service maçonnés dont on voit ici la tête...
...passent sous la charpente.
Leur plafond de béton a été coulé sur la terre du chantier
Nous ne proposons pas un «bâtiment-crustacé» avec une carapace extérieure,
Nous proposons un «bâtiment-vertébré» pour habiter entre le lourd et le léger
Et dont le site alentour..
(qui n’est qu’un intérieur plus grand)...
...porte la vitalité.

Alors, on recommence avec l’eau et la terre pour finir au ciel étoilé plafond ultime de notre premier plancher

Le plan s’inscrit dans l’orientation de cet espace
Les façades agissent comme des peaux différenciées...
...L’espace est traversant
Les flux peuvent traverser







Entre deux:

Les portes au-dedans, par le traitement du passage...
... participent à l’inertie.
Les portes au dehors...
... accueillent par un creux d’ombre
La végétation grandit dans la proximité

 Le sol clair d’enrobé végétal s’éloigne des façades
Il élève l’albédo
Les bois flottés intérieurs venant de la rivière...
...nourrissent (modestement)
la fraicheur extérieure de quelques camions de moins...
...comme à leur façon:
le chanvre ou le bois de charpente, la terre sur le toit
ou les gros rochers.
...comme ici le parking et les chemins creux...
... qui sont en terre stabilisée


Car la fraicheur n’est pas juste un peu de froid


Yves Perret

Architecte DPLG



Cette visite, guidée par les mots a été poétiquement lue à trois voix lors du 5e congrès BDM par Yves Perret, Dominique Farhi, architectes du projet et Joseph Jacquin-Porretaz, directeur de l'établissement.
Ce texte a été publié avec l'aimable autorisation de son auteur, merci!

J’ai pu faire l’expérience du Naturoptère l’année dernière. Si vous avez l’occasion de vous y rendre, n’hésitez pas, le lieu vaut le détour !


Pour en savoir plus :
Le site du Naturoptère.


Les textes d'Yves Perret:
L'évier à deux trous (éd. Plaine page, collection Courts circuits, 2014)
D'architecture cent mots dire (éd. Espérou, 2015)

D'autres écrits

Congrès du bâtiment durable 2016

02/10/2016

Le 5e congrès du bâtiment durable était organisé par Envirobat BDM à Marseille les 14, 15 et 16 septembre derniers. J’ai pu assister aux conférences et profiter des retours d’expériences sur plusieurs projets autour du thème principal de cette année : le confort estival.

Avec d'autres anciens étudiants, nous étions chargés d'illustrer un atelier par jour et nos dessins ont été publiés quotidiennement sur les réseaux du groupe Envirobat BDM.

Petites présentations et résumés en dessins de ces trois jours.

1e jour :
Atelier « Enseignements des DOM pour faciliter les projets sans clim » 


Ce premier jour a mis les tropiques à l'honneur.

Ecole Ouayaguette - Collège de Païamboué - Illustration Sarah Guémené 
(Illustration de gauche)
Claire Lallié, venue de l'autre bout du globe, nous a présenté le très précis projet de l'école de la tribu Ouayaguette en Nouvelle Calédonie, conçu avec Pierre Clément.
Située dans la chaîne centrale du Nord de l'ile, il faut près de deux heures en 4x4 pour parcourir les 45 km qui séparent l'école de Hienghene.
Hors VRD et les honoraires, le budget pour ces deux salles de classes s'élève à 175 000€, soit 1750€ le m2.


Ecole Ouayaguette - Façade Sud Est

La transversalité entre les acteurs a été primordiale durant le processus de conception, d'expérimentation et pendant tout le temps du chantier. Les futurs usagers, les charpentiers, les bureaux d'études et les architectes ont travaillé ensemble à l'adaptation des salles aux contraintes géographiques, au choix du juste matériau et à l'expérimentation de leur mise en oeuvre.

Ainsi, l'ossature, la charpente et le bardage sont en bois - le pinus du plateau de Tango, l'isolation en copeaux de pinus et lait de chaux. Le mur intérieur de séparation est en terre locale (technique du pisé) et le parquet en bambou.
En plus de la ventilation traversante, des brasseurs d'air participent au confort thermique.
Des panneaux photovoltaïques ont pu être installés en regroupant des kits existants et en adaptant les équipements.

D'avantage de détails ici.

Collège Païamboué

(Illustration de droite)
On reste en Nouvelle Calédonie pour le collège Païamboué à Koné conçu par André Berhier et Joseph Frassanito de l'Atelier Moncada. Gabrielle Raynal du bureau d'études DoMEnE, était aussi présente ce jour là.

Construit en terre kanak, le collège à reçu le Terra Award 2016 cet été dans la catégorie équipement scolaire, sportif ou santé.
L'équipe a choisi une écriture contemporaine tout en valorisant la main d'oeuvre et les ressources locales et en respectant l'architecture bioclimatique mélanésienne.
Les bâtiments ont été implantés de part et d'autre du talweg arboré. C'est une coursive, couverte et bardée de bois, qui relie les salles d'enseignements à l'Ouest à la restauration et l'administration à l'Est.

Ce sont les bâtiments orientés Nord/ouest-Sud/Est (administration, locaux des enseignants, CDI, locaux sportifs, salle d'étude et vie scolaire) qui ont été réalisés en pisé stabilisé d'une épaisseur de 40cm. Le confort d'été est assuré par trois types de stratégies: des brasseurs d'air, des espaces ouverts 100% traversants et la climatisation pour les bureaux.
Les ouvrages en bois orientés Nord-Est/Sud-ouest (enseignement et restauration), bénéficient d'une surtoiture et de protections solaires latérales. Ici aussi, des brasseurs d'air sont utilisés en période chaude et les jalousies sont ouvertes les 3/4 du temps d'occupation.

Malheureusement, la surtoiture prévue sur les bâtiments en pisé n'a pu être réalisée. Par ailleurs, les matériaux de finition intérieure industriels et non locaux affectent le bilan énergie grise.
A la rentrée, les élèves et leurs parents ont été surpris et émerveillés par ces matériaux peu courants et esthétiques. Le coeur de brousse conservé, crée un contact direct avec la nature et un cadre apprécié des collégiens.
Siège du parc national de Guadeloupe (Périne Huguet) - Illustration Sarah Guémené 

Le siège du Parc National de Guadeloupe fait partie des 26 Lauréats français des Green Building & City Solutions Awards 2016 !
Périne Huguet, son architecte, a développé les points forts et les (quelques) points faibles de ce bâtiment bioclimatique implanté à Basse Terre.

La préservation du site et le confort des usagers faisaient partie des priorités de ce projet. Le bâtiment vient donc s'implanter dans la pente, au plus près du terrain en contournant les arbres, sauf un. Pour éviter l'imperméabilisation du sol, les toitures ont été végétalisées (conservant ainsi la superficie des surfaces filtrantes précédent l'implantation du bâti).

Siège du Parc National, Façade Est

En terme de performances énergétiques, ce sont les principes des négaWatt qui ont été appliqués et le bâtiment évite ainsi 35 tonnes de CO2 par an :
  • Sobriété: minimiser les besoins
  • Efficacité: optimiser les solutions techniques
  • Renouvelable: recours aux énergies renouvelables
Dans l'optique d'un bilan énergétique positif et d'un bilan CO2 négatif, le hall est couvert d'un voile photovoltaïque. Au cours de l'année 2015, le solaire a couvert 104,5% des besoins en électricité ! (Production: 53,9200kWh).
5 à 10% du temps d'occupation annuelle est cependant situé en inconfort thermique relatif; Une donnée annoncée en amont aux futurs occupants et acceptée par ces derniers.

« Je n'ai jamais officié dans un environnement aussi "zen" et bien adapté à mes besoins. » (Maurice Anselme, directeur du Parc National Guadeloupe)


La qualité des ambiances thermiques (notamment grâce à la ventilation naturelle et aux patios) et la lumière naturelle sont des points forts du bâtiment dont le travail sur l'enveloppe est un vrai atout pour le confort des usagers.
Seuls regrets, les eaux pluviales ne sont pas réutilisées et l'isolation acoustique serait perfectible entre les bureaux.


2e jour :
Atelier « Le grand Ouest maritime »


Venus avec Christian Charignon de l'agence Teknê parler du siège social de Notre Logis, Bruno Georges, ingénieur au bureau d’étude ITF, est convaincu que les obstacles ne sont pas techniques mais culturels.
L’un des plus importants travaux à faire est auprès des usagers pour leur sensibilisation au bioclimatisme. Il semble également essentiel que les élus et les maîtres d’ouvrages encouragent et accompagnent des projets moins énergivores.
C'est grâce au décloisonnement entre les professions qu'une pensée plus globale sera possible. L'informatique par exemple, est un apport interne non négligeable qu'architectes et ingénieurs doivent prendre en compte pour le confort thermique général.



PhilippeMadec, architecte et Alain Bornarel, ingénieur (bureau d’étude TRIBU) nous ont exposé le cas de la ventilation naturelle dans le logement sur la côte Atlantique.
De la simplicité de placer une fenêtre dans la salle de bain à l’ingéniosité des tourelles à vent en toiture, je vous invite à suivre les liens des trois projets que j'ai illustré pour en savoir plus :

  1. Logements BBC à Saint Nazaire
  2. Rénovation d'une écurie en maison 
  3. Logements BBC près de Bordeaux


3e jour :
Atelier « Biodiversité »

 

Pour clôturer le congrès, le paysage était à l'honneur.

Illustration Sarah Guémené 

Michel Reynaud (2APMR) nous a parlé de l’importance du végétal et de la création d'un territoire avant de penser l’implantation d’un bâtiment.
Lors de la première journée, cet architecte, urbaniste et paysagiste de la Réunion nous avait présenté des logements et bureaux organisés en un ilot ouvert largement végétalisé; Un véritable atout pour le conforts des usagers.
C’est aussi l’avis de Didier Larue, le paysage végétal doit être soigneusement travaillé en amont et la gestion des eaux pluviales pris en compte dans la conception.

« Vivre avec la nature plutôt que contre »


La biodiversité, contrairement à la monoculture, permet l’infiltration des eaux dans le sol.
Par la diversité des essences, la taille et le port des arbres ainsi que la densité des feuillages, la végétation à maturité joue le rôle de tamisage pour filtrer les vents dominants.
Outre la symbiose créée entre bâti et végétation, c’est tout un écosystème qui est favorisé par le développement de la faune. Oiseaux, petits mammifères, insectes et papillons participent à l’équilibre subtil d’un habitat confortable. Il s’agit dès lors de « vivre avec la nature plutôt que contre » elle comme le suggère François Navarro, paysagiste.

Didier Larue nous a présenté quatre points selon lui essentiels à considérer lors de la conception : créer une canopée pour la ville, apporter de la fraicheur, penser des lieux agréables sans oublier la beauté des bâtiments. Didier Larue  n’a cependant pas oublié de préciser les difficultés que l’on rencontre face à ces idéaux. La maintenance est compliquée et l’investissement inhabituel mais il s’agit de « créer de l’habitat pour tous, de la bactérie dans la terre aux humains des habitations en passant par les oiseaux et les lézard. »

Illustration Sarah Guémené 

François Navarro insiste sur l’importance de retrouver un imaginaire lorsque l’on  pense un jardin. L’esthétique visuelle et le confort thermique doivent s’accompagner des plaisirs olfactifs, odorants et même gustatifs.
Connaitre les lieux et cerner les risques, considérer le climat et les essences locales, ne plus craindre les arbres fruitiers -et ses abeilles, sont autant d’habitudes à prendre pour « faire autrement », pour faire mieux.



En conclusion lors de la dernière table ronde du congrès, Yann Dervyn (groupe Effinergie), nous présentait une liste (non exhaustive) d'investissements majeurs pour assurer les conforts d’été que j'ai retranscrits ici :

  • Une forte inertie et/ou des parois massives
  • Une protection solaire des baies vitrées
  • Des parements intérieurs lourds
  •  L’ajustement et la limitation des surfaces vitrées
  • Une protection des façades ou une sur-ventilation des parements au soleil
  • La limitation des apports internes
  • Des aménagements intérieurs optimisés
  • L’aménagement des abords
  • Une isolation à « forte » capacité thermique
  • Des choix de vitrage spéciaux, hygroscopiques
  • Des systèmes de rafraichissement

Trois jours très riches d'enseignements avec de super projets et surtout des personnes accessibles, ouvertes et engagées !

A l'année prochaine !

Stratégies passives #1 Lumière naturelle

14/07/2016

Chapelle Notre-Dame du Haut, Ronchamp (Le Corbusier)
En mai, j’étais invitée sur la foire éco-biologique « Naturellement » de Nyons et à la journée IERA (Info Energie Rhône Alpes), deux événements organisés par le CEDER.
J’y ai proposé trois interventions d’une heure sur le thème de l’éclairage passif et de la lumière naturelle dans le bâtiment.

Eclairer passivement fait partie des objectifs à atteindre pour réduire l’impact du bâtiment sur l’environnement. La RT2012 qui, met l’accent sur la réduction des consommations d’énergies, encourage effectivement à laisser une plus grande part à la lumière naturelle pour diminuer celle de l’éclairage artificiel (et donc les consommations d'énergies!)

Dans l’architecture bioclimatique, il y a une stratégie propre à l’éclairage naturel, basée sur les principes simultanés de capter, transmettre, répartir et protéger.
Les dispositifs empruntés doivent nous aider à trouver un équilibre dans le triptyque conforts, normes et ambiances.

L’éclairage passif est un bon exemple de choix multi-critères spécifiques à la conception bioclimatique.
Une fenêtre laisse entrer la lumière naturelle et ouvre une vue sur l'extérieur, mais selon ses caractéristiques, elle sert aussi à la ventilation d’une pièce et capte le rayonnement solaire. Elle n'est donc pas qu’un simple percement pour l’éclairage dans une enveloppe qui se veut de plus en plus hermétique.

En réalité, le dessin d’une fenêtre pour la lumière participe dans le même temps aux stratégies thermiques plus larges d’été ou d’hiver. Il s’agit donc d’avoir une vision à la fois globale et précise. Chaque décision concernant un élément singulier – ici la fenêtre se doit d’être jugée à tous les niveaux de confort : thermique, visuel et même acoustique.


« S'emparer par divers moyen pour utiliser »


Mais de quoi parle t-on?
Le rayonnement extérieur peut être de trois natures:

  • Direct, rayonnement atteignant la terre directement
  • Réfléchi, issu du rayonnement sur une première surface
  • Diffus, rayonnement diffusé dans toutes les directions par les molécules d’air et les particules.


En éclairage naturel, l'exigence d'éclairement peut se traduire en valeur de "facteur de lumière du jour" (FLJ).

FLJ : rapport de l’éclairement naturel intérieur reçu en un point (généralement le plan de travail ou le niveau du sol) à l’éclairement extérieur simultané sur une surface horizontale, en site parfaitement dégagé, par ciel couvert. Il s'exprime en %.
Une fois que le facteur de lumière du jour en un point du local est connu, il est possible de calculer le niveau d’éclairement en ce point à partir de l’éclairement horizontal extérieur.

LUX : niveau d’éclairement. Il caractérise le niveau de lumière sur une surface, un revêtement. 
Sol, escalier : 100-150Lux. Plan de travail : 500Lux. Lecture : 700.

LUMEN : puissance d'une ampoule.

Bien qu’il soit impossible d’avoir une incidence dessus, il est essentiel de s'informer sur le climat, les masques éloignés (topographie) et proches (bâtis alentours). Le projet s'implantera en fonction de ces derniers. Visitez plusieurs fois le site (et si possible à différentes saisons) pour sentir les éléments et appréhender les changements naturels. C'est le meilleur moyen pour prendre en compte l'environnement et y inscrire l'architecture de façon astucieuse et respectueuse.
Pour favoriser la quantité de lumière réfléchie on pourra choisir la nature et la couleur des surfaces environnantes (sols, murs) pour leur caractères réfléchissant. Ce dernier est appelé albédo de surface, et s'exprime par une valeur comprise entre 0 et 1. Un miroir a une valeur de 1 tandis qu'un corps noir qui absorbe toutes les longueurs d'ondes a un indice nul).
La lumière renvoyée est plus importante avec une terrasse au dallage clair mais le risque d'éblouissement est augmenté. Tandis qu'un dallage foncé stocke souvent trop de chaleur en été.
Au contraire, le bois présente le double avantage d'un albédo faible et de ne pas accumuler de chaleur.
Enfin, la végétation, solution peu coûteuse, concède à la fois le rafraîchissement nocturne et l'infiltration des eaux dans les sols; elle augmente la biodiversité sans contribuer à l'éblouissement.
Les murs réflecteurs sont une solution efficace pour orienter les rayonnements réfléchis vers des ouvertures peu ou mal exposées aux rayonnements directs (typiquement, les façades nord).

"Permettre le passage"

Cette action qui concerne les caractéristiques de la fenêtre (dimension, forme, châssis et vitrage), ne peut s’effectuer sans la considération simultanée de la vue qui est offerte, de l’incidence sur le confort thermique intérieur et de la stratégie de ventilation.

En terme de performance, la fenêtre horizontale apporte trois à cinq fois plus de lumière qu’une fenêtre verticale à surface équivalente. S’ouvrant sur la voûte céleste, la lumière diffuse d'un ciel couvert pénètre largement. Comme la lumière provient du plafond, l’éblouissement est limité.
Même en toiture, on favorise une fenêtre avec une inclinaison suffisante pour évacuer les eaux pluviales.
En revanche, mal conçue, elle génère rapidement une surchauffe en été avec le rayonnement direct du soleil au zénith. C’est pourquoi, les ouvertures sont souvent orientées au Nord (principe des sheds) ou protégés par des casquettes ou des brises soleil comme c’est le cas des lanterneaux ou des skytube.
La cour à ciel ouvert du patio, les atriums couverts et les failles latérales ou transversales sont des solutions lumineuses (et thermiques) idéales pour les bâtiments très larges.

Moins performante mais davantage utilisée car plus facile à mettre en œuvre, la fenêtre verticale offre aussi l'indéniable avantage d'une vue sur l’extérieur.
Notons que sous ciel couvert, tous les percements, quel que soit leur orientation, captent la lumière identiquement - ce qui n'est pas le cas sous un ciel dégagé.
La lumière du nord n’est jamais directe mais diffuse (sans tâches solaires, souvent gênantes), d’où l’importance des surfaces réfléchissantes proches. On veillera cependant à éviter les pertes de chaleur en hiver avec des ouvertures peu larges et en choisissant au minimum un double vitrage.

Les rayonnements du sud, et ceux de l’ouest dans l’après-midi, sont source de surchauffe en été. Si les ouvertures possèdent les protections solaires adaptées à leur orientation, nous pouvons tirer parti de ces apports caloriques en hiver tout en s’en protégeant l’été.

Les masques extérieurs fixes remplissent trois fonctions (encore un choix multicritère): écran (brise soleil), réflecteur (étagère de lumière où le choix de l’albédo est capital) et sécurité (contre les effractions si l'on fait le choix d’une ventilation nocturne).
Ils sont horizontales au sud (casquette, débord de toiture, auvent, balcon, brise soleil) et verticaux à l’est et à l’ouest, orientées en fonction de la course du soleil. Les rayonnements sont arrêtés en été mais pénètrent en hiver.

Placer la fenêtre au nu du mur, en creux ou en avancée, ne change rien aux performances lumineuses. 
Mais un embrasement du mur crée une zone de transition lumineuse entre l’extérieur et l’intérieur améliorant le confort visuel.

Autre particularité: plus une fenêtre est placée haut sur la paroi, plus le fond du local est éclairé. La répartition lumineuse se fait alors plus uniformément et les risques d’éblouissement sont atténués. Puisque l’air chaud monte, cette position facilite également la ventilation naturelle traversante.

Les cinq premières fenêtres ci-dessus proposent la même surface vitrée et n’ont pourtant pas les mêmes formes et positionnements. Ces choix ont une incidence sur le FLJ transmis.
La taille et la forme dépendent beaucoup de la vue que l'on souhaite cadrer.

Un châssis fixe laissera passer en moyenne 80% de la lumière contre 55% en moyenne pour un fenêtre s’ouvrant à la française. Retenons qu’avec de petits carreaux, il n’y a que 45% de la lumière qui est transmise. Remplacer ces derniers pour de plus grandes surfaces vitrées est donc souvent intéressant dans une rénovation pour gagner en luminosité!

Enfin, la lumière du jour qui pénètre par les ouvertures est transmise, absorbée et réfléchie différemment selon la qualité des vitrages. Ainsi, ceux-ci sont à choisir en fonction de leurs facteurs de transmission, d’absorption et de réflexion. Certains verres éliminent les ultraviolets, filtrent la lumière, ou encore à l’instar des vitrages à faibles facteurs solaires, réduisent l’action thermique des rayonnements.

Distribuer, répandre

Si la lumière est transmise grâce aux percements, encore faut-il la répartir dans l’espace en jouant sur les caractéristiques du local et avec des dispositifs architecturaux simples.
Avant tout, retenons que le confort est bien meilleur si la lumière provient d’au moins deux sources différentes. Lorsque cela est possible, il est préférable d'avoir deux fenêtres de directions différentes (selon l’orientation, zénithale, verticale).

Les étagères de lumière qui renvoie les rayonnements du soleil sont très appréciables pour obtenir une lumière indirecte, plus diffuse. Et on ne pense pas assez au au principe de second jour pour apporter la lumière naturelle dans les pièces arrières!

Des parois et un plafond clairs améliorent la répartition uniforme de la lumière dans la pièce.
Certains vitrages à réorientation sont intéressants à considérer pour uniformiser la transmission des rayonnements.
Enfin, pour éviter les tâches solaires d’un rayonnement trop direct, un simple rideau devant une fenêtre équilibre l’éclairage.

Gérer, moduler

Couplées aux protections fixes, les protections mobiles se trouvent aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Plus efficaces dans le premier cas (pour bloquer les rayonnements solaire et la chaleur), elles seront cependant davantage manipulables si placées à l’intérieur.

N’oublions pas la solution la moins coûteuse qui influe beaucoup sur l’esthétisme et l’ambiance générale aussi bien interne qu’externe : la végétation. Evoluant avec les saisons, on choisit une essence adaptée au climat, en prenant garde à la géométrie du port de l’arbre et à sa charpente en hiver (qui n'est pas sans rappeler le châssis des fenêtres). Les treilles qui grimpent sur les murs et les pergolas de terrasse participent au confort thermique grâce au phénomène d’évapotranspiration.

Vérifier, anticiper, 

Une prédétermination par logiciel de simulation ou en test maquette offre la possibilité d’optimiser les caractéristiques des ouvertures et de leurs protections.

Ici, grâce au logiciel Dial+, les calculs de FLJ et d'autonomie lumineuse ont pu être générés. En étudiant le pourcentage d'ombrage sur le vitrage, les pare-soleil verticaux à l'ouest ont été orientés à 50° par rapport à la façade pour laisser passer le soleil d'hiver et le bloquer en été.

Ce travail doit évidemment prendre en compte le confort thermique qu’engendrent tous percements. 
Eviter l’éblouissement et la surchauffe en été tout en profitant des rayonnements du soleil l’hiver, sont tous les enjeux de la conception d’une fenêtre bioclimatique.



Penser à l’éclairage naturel dans un bâtiment, c’est penser dans le même temps au confort thermique, aux ambiances générées et à la qualité de vie offerte. Lorsque l’on prend une décision, il faut toujours avoir une vision globale.

Intégrer la technique dès la genèse du projet c’est avoir l’opportunité de favoriser l’artisanat, les matériaux et les savoir-faire locaux pour des bâtiments étroitement conçus avec et par leur environnement (naturel donc mais aussi économique et social). 
Aujourd'hui, on trouve aussi de nombreuses propositions standardisées à la fois techniques et esthétiques.

Pour un habitat le plus passif possible, l’habitant se doit d’être actif. J'ai appris très tôt qu'il fallait éteindre la lumière quand on quittait une pièce. La modulation des protections mobiles tout comme l’ouverture manuelle des fenêtres en fonction des saisons et des heures de la journée font aussi partie des réflexes qu’il est essentiel d'adopter quotidiennement.

Etre responsable à son échelle est fait de petits gestes. Connaître son lieu de vie pour mieux le pratiquer et mieux en profiter fait partie de la démarche.
  

Logiciels de simulation :
Dial Lux avec une licence
Gratuits : SketchUp et Blender.


Source :
La conception bioclimatique des maisons confortables et économes en neuf et réhabilitation. Samuel Courgey et Jean-Pierre Oliva. Terre vivante, 2006.
Cours de Robert Célaire, ENSAM
Cours de Suzel BALEZ, Eclairage naturel, stratégie et prédétermination, ENSAG
© ARCHI POSITIVE. Design by Fearne.